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Une semaine de grève en chemin vers la GGI : Entrevue avec Naïma Le Nédic exécutante de la CRUES

Du 23 au 27 mars se tiendra la semaine de grève et d’action contre l’austérité de la CRUES. Cette mobilisation s’inscrit dans le cadre d’une campagne lancée à l’automne dernier et qui prévoit une escalade des moyens de pression pouvant culminer, si l’organisation n’obtient pas de gain de cause, jusqu’à une Grève Générale Illimité en 2027. En prévision de la grève, Front Rose s’est entretenu le 13 mars avec Naïma Le Nédic, exécutante de la CRUES et étudiante en droit à l’UQAM. 

Salut Naïma! Est-ce que tu peux nous présenter un peu la CRUES ?

La CRUES, c’est la Coalition de résistance pour l’unité étudiante syndicale. Il s’agit d’un regroupement d’associations étudiantes à l’échelle du soi-disant Québec. Notre objectif est de créer un rapport de force collectif contre l’état. L’organisation marche par campagne. Nos associations font des assemblées générales, votent des positions. Ensuite, en congrès, on essaie de s’entendre ensemble pour tenir un même discours. Notre campagne, en ce moment, est contre l’austérité. 

Pour celleux qui n’ont pas suivi les évolutions du mouvement étudiant des dernières années, la CRUES a été fondée après la pandémie. Elle vient occuper un rôle similaire à l’ASSÉ, dissoute en 2019, qui avait été au cœur des grèves étudiantes de 2005, 2012 et 2015. Elle s’est surtout fait connaître du grand public lorsqu’elle a participé à organiser la grève étudiante pour la Palestine et contre l’Otan à l’automne 2024. Cette grève avait touché plus de 100 000 étudiant·es et culminé dans une manifestation au centre-ville dont les images ont fait le tour du monde.

Quelles sont les revendications et demandes qui motivent cette grève ?

En ce moment, il y a pleins de coupure en éducation, et un peu partout ailleurs. Les gens ont de moins en moins accès à l’éducation, il y a de plus en plus de coupure partout, les cégeps s’écroulent, les profs et les places dans les cours manquent. Dans plusieurs cégep, les cours se tiennent dans des salles conçues pour 30 personnes alors qu’il y a 40 personnes dans la classe. Certain·es étudiant·es ne peuvent même pas s’assoir.

Nous, on demande une réforme de l’aide financière aux études qui inclurait des frais de subsistance permettant de vivre dignement, l’abolition de la contribution parentale, l’élimination de la période limite d’accès à l’aide financière aux études, et un assouplissement des conditions d’accessibilité. On demande également un refinancement des institutions d’enseignement post-secondaires. 

Ça c’est la campagne qu’on mène à la CRUES, et c’est dans cet esprit qu’on entame une escalade des moyens de pressions. 

Il y a aussi certains campus qui ont des demandes locales. Par exemple, à l’UQAM, l’administration a décidé d’aller chercher de l’argent dans les poches des étudiants et étudiantes pour compenser les coupes budgétaires. Il y a une augmentation des frais pour les étudiant·es de deuxième et troisième cycles. L’augmentation représente 900$ pour la maitrise et 1000$ pour le doctorat. 

Quelle est la stratégie de la CRUES pour faire plier le gouvernement et renverser les politiques d’austérités?

La semaine de grève qui a lieu cette session s’inscrit dans un continuum d’escalade des moyens de pression qui a débuté avec une journée de grève à l’automne. Après, on prévoit 2 semaines de grève à l’automne prochain, et on vise la grève générale illimité au printemps 2027 si on n’obtient pas gain de cause entre temps.

Entre ces moments de grande mobilisation, on prévoit faire des camps de formation, des congrès et plusieurs activités qui permettront aux étudiant·es de se politiser. On prévoit aller sur les campus pour faire ce qu’on appelle des « bières et politiques » dans le but d’aller échanger avec les étudiant·es. 

À la CRUES, on dispose d’un comité de mobilisation très actif, qui se promène un peu partout dans la province. Par exemple, la semaine passée, on est allé·es à St-Félicien, au Lac St-Jean,  mais aussi à Jonquière. Une autre équipe se met bientôt en route pour Rimouski. Notre but, c’est que la mobilisation ne s’arrête pas après la semaine de grève. On va sur les campus, même pour rencontrer des assos qui ne sont pas affiliées. L’austérité ne fait pas que toucher nos membres, mais l’ensemble des étudiant·es.

À un peu moins de 2 semaine de la grève, comment est-ce que tu te sens?

Moi, je suis excessivement positive. En ce moment, il y a cinq associations qui ont voté la grève pour la semaine complète ou quelques jours. À la CRUES, on est débordé·es, parce qu’on se déplace un peu partout étant donné qu’il y a 15 assemblées générales de grève prévues la semaine prochaine. Pour te donnée une idée, parmi les concerné·es, il y a autant les assos modulaires de l’Udem que le cégep de Drumondville, de St-Jérome, de Ste-Foy, l’AGECAR, le cégep de St-Laurent, de Lionel-Groulx, et des associations de Concordia.

On a recommandé à nos associations de voter un palier de 40 000 personnes pour tomber en grève et j’ai confiance en notre capacité à l’atteindre.

Ce n’est un secret pour personne que, depuis la fin de la séquence de grève massive qui avait animé le mouvement étudiant de 2005 à 2015, la politique étudiante s’est souvent retrouvée éparpillée entre des campagnes changeantes et peu de stratégie à long terme ont réussi à être adoptées à une grande échelle. La campagne actuelle de la CRUES représente la première escalade vers la GGI à être endossée par des structures syndicales étudiantes à l’échelle de la province depuis la pandémie.

Aux côtés de la CLAC, de D4P, du CCMM-CSN, de l’IWW et d’Alliance Ouvrière, la CRUES est aussi derrière l’appel à la mobilisation du 1ᵉʳ mai. Ça ne devrait pas nous surprendre, étant donné, comme Naïma nous l’a rappelé, que les demandes des travailleurs·euses et des étudiant·es face à l’austérité se recoupent. 

À en croire Naïma, la CRUES est loin de s’arrêter à cette semaine de grève. Cette dernière risque au contraire de servir à propulser leur campagne vers l’avant. L’objectif étant de rallier largement le corps étudiant de la province. Naïma tient aussi à rappeler que la CRUES et ses comités sont ouverts à tous·tes les étudiant·es de la province, qu’iels en soient directement membre où non. 

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