Justice pour Abisay
Deuil, rage, lacrymogène et résistance : retour sur la manifestation de mardi soir dans Saint-Léonard.
Plusieurs centaines de personnes se sont réunies mardi soir dans le nord-est de Montréal, en réponse à l’appel de la famille et des proches d’Abisay “Bicha” Cruz.
Abisay est mort dimanche sous les coups de la police, lors d’une fin de semaine sanglante où le SPVM et le SPVQ ont fait trois morts. Dans une vidéo de l’intervention policière qui a énormément circulé sur les réseaux, on voit le jeune père de famille immobilisé au sol. La famille témoigne qu’il venait d’être roué de coups. Son décès aurait été constaté plus tard en matinée.
C’est en hommage à Abisay et pour dénoncer l’injustice, que plus de 300 personnes se sont réunies hier soir aux abords du boulevard Pie-IX, aux limites des quartiers Saint-Léonard, Saint-Michel et Montréal-Nord.
La manifestation, qui alternait entre des périodes de deuil et de rage, s’est déroulée sous la surveillance d’un lourd dispositif policier. Très rapidement, le SPVM a essayé, sans succès — il faut le souligner — d’interdire à la manifestation de prendre le boulevard Pie-IX. Or, en peu de temps, les manifestant·es ont réussi à bloquer l’artère et à rejoindre le poste de quartier 30 du SPVM, au croisement de la 40e avenue.

La colère des manifestant·es, combinée aux tentatives d’intimidation du service de police, a rapidement fait monter le ton. Alors que la foule retournait vers le point de départ, la police s’est vue tenue en respect par des tirs de projectiles, ainsi que par le courage et l’impressionnante détermination des manifestant·es.
À plusieurs reprises, les policier·ères ont dû abandonner leurs positions.
Alors qu’une vigile commençait, des feux d’artifice ont été allumés en l’honneur d’Abisay. Un petit feu a également été allumé dans la rue par des manifestant·es. Le service anti-émeute a alors essayé d’intervenir violemment, notamment en tirant des bombes lacrymogènes sur la vigile. Les lignes d’anti-émeute ont tout de même dû battre rapidement en retraite sous les projectiles et la ligne de manifestant·es qui avançait vers elles.
La soirée s’est terminée calmement, la résistance des manifestants face au SPVM ayant libéré la place pour le moment de recueillement souhaité par la famille.

Le décès d’Abisay rappelle la force de la mémoire politique des quartiers Saint-Léonard, Saint-Michel et Montréal-Nord. Tout au long de l’événement, les noms de Freddy Villanueva et de Bony Jean-Pierre — assassinés en 2008 et 2016 par la police — pouvaient être entendus, tandis que le souvenir des émeutes de 2008 et 2016 restait vif dans les mémoires. Il est clair que les communautés de ces quartiers, proches du lieu où Abisay a été assassiné, portent une histoire de résistance longue et fertile. À plusieurs moments, des appels à organiser de futures manifestations ont été lancés, nous rappelant que les démonstrations de rage et de solidarité observées hier soir ne sont sûrement qu’un début.
On reste à l’affût des mobilisations à venir alors que la violence du service de police s’est révélée une fois de plus dans son entièreté.