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Premier discours prononcé à la RadPride

Ce discours a été écrit puis lu par des militant·es du P!nk Bloc à l’occasion de la première RadPride, en 2023. Nous l’avons récupéré sur le site du groupe pink-bloc.info et l’avons sommairement édité pour le rendre disponible entre les pages de Front rose. Il représente pour nous l’incarnation de l’esprit de cet événement, devenu un rituel annuel pour les queer révolutionnaires. Cette prise de parole articule le caractère anti-capitaliste et révolutionnaire du mouvement et le rejet de la fierté officielle dans sa forme mercantile, notamment en raison de ses liens avec le monde politique partisan. On y trouve aussi une analyse tactique des moyens d’action que nos communautés doivent ingérer à leur arsenal pour construire un rapport de force avec celleux qui  nous oppressent.

Pendant l’inauguration de Fierté Montréal, daddy legault [le premier ministre François Legault] a encore trouvé l’occasion de mettre des paillettes dans ses politiques néolibérales. Alors que ce gouvernement réactionnaire ose prendre de longues minutes pour vanter les mérites d’un tourisme rose par lequel soi-disant Montréal est reconnue comme une ville « inclusive et vivante qui célèbre l’ouverture à l’autre », il nous paraît important de rappeler que ce sont ces mêmes charognards qui continuent d’expulser les réfugié·es (voir les luttes en cours menées par Solidarité Sans Frontières, notamment celle contre la déportation de Rajvinder Kaur et Randhir Singh [deux migrants alors visés par des efforts de déportation qui purent rester au pays grâce aux efforts de mobilisation décrits ici]) et de donner les pleins pouvoir aux proprios. Le nouveau projet de loi 31 de la CAQ en est un bon exemple : en renforçant le pouvoir des proprios et en limitant le recours aux cessions de bail, ce gouvernement de banlieusards, d’hommes d’affaires, de patriarches et d’hétéros pousse  nos adelphes à la rue, où nos communautés sont drastiquement surreprésentées. On sait que la pauvreté et la discrimination pour l’accès au logement sont des fléaux pour les anormaux·les du genre et de la sexualité,  encore plus lorsqu’il s’agit des personnes autochtones, des personnes racisées et des personnes trans.

Ce que révèle le discours d’ouverture de Fierté Montréal et l’annonce d’une augmentation du budget alloué au ministère de la lutte contre l’homophobie et la transphobie, c’est l’alliance de classe qui se tisse entre les politicien·nes et les bourgeois·es du village. Depuis plusieurs mois, on assiste à une véritable campagne de nettoyage de classe dans le village. Les propriétaires de bar, club et terrasses – qui  font fortune en vendant notre culture communautaire au plus offrant – exerce une pression sur la ville pour qu’elle augmente une présence policière autoritaire et violente dans le village. Pourquoi ? Pour chasser les itinérant·es qui y font tache, soit les plus marginalisé·es de nos communautés, et ce au profit des touristes, des bobos et de la pléthore de bourgeois·es qui ont conquis notre ancien ghetto. Le genre ou la sexualité ne seront jamais un prétexte pour prendre le parti des policiers, des patrons et des propriétaires, qu’il soient hétéros ou gays !

En nous opposant aux violences perpétrées par la bourgeoisie du village auprès de nos adelphes itinérant·es et travailleur·ses du sexe, nous nous opposons également à la nouvelle idéologie victimaire portée par la bourgeoisie LGBT+ qui a pour but de séparer les violences cishétérosexistes des réalités de classe et de race. Nous refusons de nous laisser berner par la mise en compétition des dominations que la bourgeoisie gay et celleux au pouvoir assènent partout : le discours LGBT mainstream ne peut  servir que de prétexte et de justification au développement de politiques nationalistes, racistes et classistes ! Nous agissons pour une queerness qui articule et combat toutes les oppressions. Parce que la réponse aux queerphobies ne sera jamais l’assimilation au capitalisme, au racisme et à l’impérialisme, nous sommes et resterons contre la propriété privée, la prison et les frontières. Face à la gentrification du village et aux attaques contres nos adelphes itinérant·es, nous serons toujours dans le camp des pauvres, des opprimé·es, de toustes celleux qui dérangent le bon goût de leur système cishétéropatriarcal abject.

À chaque Fierté, nous sommes obligé·es d’assister au show de boucane mercantile déguisant un système ultra violent qui nous harcèle et nous attaque tous les jours en une collection d’arc-en-ciel et de consommation rose jusqu’à l’abus. La machine capitaliste nous aurait-elle fait oublier pourquoi nous nous réunissons en juin et en août ? Avons-nous oublié les raids policiers de Stonewall et du Sex Garage ? Les émeutes ? Les coups de matraques ? Les viols correctifs ? Les briques et les molotovs ? Avons-nous vraiment oublié les politiques radicales menées par les trans de rue racisées qui ont rendus possibles les premiers mouvements de libération ? Comment est-ce que des events dont les billets se vendent 50$ honorent-ils Silvia Rivera et Marsha P. Johnson ? Oublient-iels les morts récentes de Colorados Springs et d’Orlando ? Où étaient-iels pendant que se multipliaient les attaques fascistes et transphobes à « Sainte-Catherine », « Saguenay », « Québec » ou « Montréal » depuis le printemps ? Le P!nk Bloc y était ! Les anti-capitalistes y étaient !  On n’y a vu ni TD, ni char de la Fierté, ni owner de bar, ni slumlord !  Où étaient-iels pour faire barrage aux flics qui harcelaient et violentaient nos camarades, surtout nos camarades transféminines? Que faisaient-iels lorsque l’une de nos camarades a été arrêtée par la police dans une manifestation écologiste ? Que font-iels maintenant qu’elle est fichée et contrôlée par le SPVM ? Depuis quand les fifs, les gouines, les trans et les queerdos aiment la police ? Est-ce que c’est ça, la société « acceptante » promise par la CAQ et les capitalistes ?

Nous refusons la récupération politique des identités non-cishétéro au profit d’une campagne électorale réactionnaire. Alors que Legault vient d’annoncer l’augmentation du budget de la lutte contre l’homophobie et la transphobie, lui et son arsenal conservateur continuent de donner des grosses poignées de change au réseau de haine transphobe PDF Québec.

Face à cette mascarade néolibérale et réactionnaire, refusons en bloc le récit  de la tolérance LGBT+ et visons directement l’État, la police, les banques et les fachos !

La libération queer ne peut passer seulement par l’évènementiel, la culture et les politiques identitaires. Si la fête est une manifestation de joie, alors les manifs doivent continuer à être gaiement révolutionnaires ! Nous sommes favorables à l’action directe queer – sous toutes ses formes – car nous refusons de vivre sous un capitalisme cishétérosexiste et suprémaciste [blanc] qui  aliène et  isole les plus précaires d’entre nous. Parce que la pride n’est pas un festival mais une émeute ! Parce que la pride n’est pas un défilé mais l’émulsion collective de nos colères ! Parce que nous ne regardons pas les chars mais les brûlons ! Parce que tant que nous vivrons sous le capitalisme, le racisme et le cishétéropatriarcat, la lutte queer ne sera pas qu’une lutte de défense des droits, elle cherchera aussi à abolir l’État. La pride est une manif radicale et le restera !

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