Le PQ est au pouvoir, maintenant quoi ?
Parlons stratégie
By Louve Rose
Maintenant que l’enfer du cirque électoral est terminé, nous pouvons à nouveau parler politique. Face à une élection tendue et à la menace de voir au pouvoir un PQ fascisé, les perspectives stratégiques des différentes forces du mouvement social brillaient par leur absence. Entre les appels au vote de barrage et les abstentionnistes dogmatiques, le débat politique dans les milieux militants était, dans la plupart des cas, de piètre qualité. Alors qu’on pouvait espérer à la suite du 1er Mai que des perspectives stratégiques soient développées et des dates de mobilisation annoncées, les élections sont venues couper les ailes des mouvements naissants. Seul le communautaire semble avoir relevé le défi de continuer la mobilisation malgré le climat électoral.
Les milieux révolutionnaires devraient d’ailleurs avoir un peu honte de n’avoir pas été à la hauteur de l’appel à la mobilisation du MEPACQ. Quand le communautaire manifeste, bloque, squatte et multiplie les actions, où sont les révolutionnaires ? Le but ici n’est pas d’abandonner les critiques politiques qu’on porte au modèle communautaire, mais plutôt de dresser le portrait d’une absence d’initiatives de luttes et de propositions concrètes chez les révolutionnaires pour canaliser le mécontentement général au delà de la participation électorale. En ce sens, ce texte n’a pas pour vocation de régler des comptes ou de faire la liste des bons et mauvais coups, mais d’appeler à un recadrement stratégique.
Maintenant que la victoire péquiste prévue depuis des mois est enfin arrivée, il est temps de laisser l’apathie derrière nous et de reprendre la tâche d’organiser politiquement notre colère. Jamais l’ennemi n’aura été aussi clair; le PQ a fait campagne en annonçant faire la guerre aux classes populaires, aux immigré-es, aux minorités de genre, aux syndicats et à tous les opposants de son projet national droitard et bourgeois. Porté au pouvoir par 18% de la population inscrite sur la liste électorale, le gouvernement de PSPP sera probablement, de l’histoire de la province, le moins à même d’invoquer le mythe de la légitimité démocratique pour justifier son contrôle du pouvoir.
Parce que la province s’avance assurément dans une séquence d’instabilité politique, nous devons savoir profiter de ce moment pour que nos mouvements gagnent du terrain.
Coalition, accords de soutien et confiance, élections anticipées, peu importe la manière dont les partis s’organiseront pour que l’état reste à même de gouverner, certaines choses sont claires : les attaques vont venir, l’effondrement de nos conditions de vie va continuer, les programmes d’une économie de guerre et de centres de données vont aller de l’avant, et le tout passé sous la distraction d’une pluie d’attaques sur les groupes marginalisés. Il nous faut dès aujourd’hui organiser nos résistances. Quelles sont nos stratégies pour que de la colère et l’opposition naissent des forces politiques ? Il nous faut identifier les mouvements réels à mobiliser et les rejoindre pour leur donner de la force et pour pousser plus loin leurs analyses et leur niveau de conflictualité.
Parce que, si on peut déplorer l’absence depuis des années d’un large mouvement de révolte de masse, il est faux de dire que rien ne se passe. Chaque jour des gens s’organisent, posent des gestes imminemment politiques et rejettent le pouvoir à petite et grande échelle. La colère n’attend pas les révolutionnaires pour se mettre en marche, mais rien pour le moment ne prend forme — du moins rien qui serait à même de réellement faire trembler la classe dirigeante. C’est là que les forces se considérant révolutionnaires ont un rôle à jouer. Nous devons savoir saisir les opportunités d’attiser la colère, de lui donner un sens politique plus large, de l’équiper, de lui fournir les outils nécessaires à mener la lutte et à la faire résonner avec elle-même partout où elle surgit.
Si nous échouons à le faire, d’autres le feront à notre place. Les conservateurs de Duhaime et les mouvements populistes d’extrême-droite ont su bien plus que nous se saisir de ce rejet de la classe politique et de l’état actuel du monde. Tandis que chez les révolutionnaires auto-proclamé-es on lève le nez sur plusieurs mobilisations en place, sur les efforts d’organisations et les actes spontanés de colère — préférant se réunir entre convaincu-es pour échanger de grandes réflexions sur la lutte qui ne semblent se nourrir que d’elles-mêmes et ne rarement émerger en tant qu’authentique force politique — l’ennemi, lui, se saisit de chaque occasion, de chaque opportunité pour gagner du terrain.
Il faut partout multiplier les actions et les mobilisations qui aiguisent les contradictions et légitiment la colère, mais il nous faut aussi solidifier les réseaux et les organisations. Continuer à construire les infrastructures de nos solidarités. Plus le capitalisme deviendra dur, et plus la misère deviendra la norme, plus il sera pertinent de savoir collectiviser les ressources et soutenir ceux-elles qui en ont besoin. Ceci ne doit pas — ne peut pas — se faire en devenant de simples pourvoyeur-euses de services, et la construction de nos autonomies ne doit pas justifier de se retirer des mobilisations qui viendront.
La rue est et restera le principal lieu où nous restons à même de déployer nos forces et de constituer un bloc politique révolutionnaire. Les efforts de solidarités doivent donc toujours connecter à la rue et nourrir celle-ci.
Impossible de savoir ce qui déclenchera la prochaine vague de révoltes, mais elle est assurée de venir. En attendant, notre rôle n’est pas de juger quels sont les bonnes et les mauvaises luttes, ni de les intellectualiser. Partout où les gens résistent, les révolutionnaires doivent s’engouffrer pour faire grandir la colère. L’heure n’est pas à se replier sur nos bases, les brèches se multiplient, engouffrons nous partout.
La colère est la norme et nous devons nous en saisir pour que partout elle devienne résistance !
